zoomable

KATIA MOHL

Silence noir, foudre aigüe

Éclair, tonnerre, colère. Cieux et terre contrariés, air libéré.

 
dimension: 
50 cm x 33 cm

type:

composition / technique: 
tirage contrecollé sur aluminium (2mn) - 5 exemplaires
prix: 
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les oeuvres de cet artiste
 

KATIA MOHL

 

exposition : " LES INTERPRÉTATIONS PHOTOGRAPHIQUES" du 5 au 22 octobre 2016

« Cette exposition se veut un hommage au crayon-dessin, aux plumes-écritures, aux pinceaux-peintures. Hommage aux larmes premières, eaux translucides appelant les pigments, inventant leur catharsis par la création. Hommage donc aux lettres, signes, idéogrammes, formes, matières, rythmes et musique des teintes et aux couleurs des son-voix-timbres. Écritures photographiques. Écritures textuelles. Plans serrés, détails, miniatures. Visions plus larges, tableaux. Singulier grand angle, vision de haut ou composite, fresques. Univers multiples.

Cornée et cristallin, lentille, distance focale, ouvertures, filtres, me permettent d'aborder les concepts de justesse, d'aberrations, de netteté, d'occultations, de nos capacités ou de difficultés à regarder, à écouter par extension. Quelle est l'acuité du regard ? Celle qui se targue de voir "la réalité" de façon parfaitement nette ou celle qui entend les flous, les vides, les peintures ajoutées en plus des surfaces cristallines ? Ces photos se jouent de ces questions. Leurs titres sont de même très libres, poétiques en quelque sorte. Ils aspirent à toucher, ici et là, quelques justesses, quelques raffinements. J'aime les saveurs et nuances des mots, suis en admiration perpétuelle des grands écrivains et poètes. J'aime les œuvres des grands compositeurs, artistes, peintres, parfumeurs, chefs cuisinier ... j'aime l'idée de leur rendre hommage. Ainsi qu'à tous ceux dans ma vie qui avant moi ont été sensibles aux arts, sciences, philosophies. Reconnaissance de même des milliards de petites subtilités et fortes expériences qui m'ont ouvert les yeux, donné ma sensibilité personnelle. Les sens, cherchés, trouvés, reperdus, retrouvés, ce sont évidemment d'abord les sens, ceux de notre corps ...  je m'autorise donc à jouer, comme une enfant, d'associations qui font et défont les sens. Mon désir va parfois vers les mots voilés, et parfois, les percutants, vers ceux qui imposent des instantanés, et qui invitent aux pérégrinations. Abolition des constats froids, des correspondances exactes, accueil des impressions, des histoires inventées et racontées.

Ainsi, va mon hommage aux signes, aux formes, aux pigments et aux encres discrètes ou étalées, aux aquarelles... Hommage aux espaces blancs, aux noirs. Hommage aux chromatophores, aux métaphores, à ce qui porte à l'au delà. »   Katia Mohl

 

exposition du 16 septembre au 6 octobre 2015

Katia Mohl cherche une solution ou peut-être est-ce une issue pour témoigner de son attachement au monde. Quoiqu’il en soit, cette quête prend son temps comme une germination lente. Et comme la recherche suppose l’étude si elle ne la réclame, KM a étudié. Beaucoup, dans les livres, en premier lieu. Toutes sortes de choses. La littérature dans toutes les langues et l’histoire des religions. Passionnant ! Les sciences humaines, surtout, et leurs déclinaisons savantes (sociologie, psychologie, épistémologie, philosophie, etc.). Influences multiples et matières traitées en transversale pour mieux quadriller le sujet et l’objet de l’étude. Pour laisser le moins de place possible au hasard et à l’incertitude puisqu’il fallait trouver une traduction fluide du réel, de son impact et de ses empreintes laissées sur l’âme humaine. Stigmate, signature ou symbiose ?

Née au Congo Belge, KM a beaucoup voyagé, s’est posée parfois. À Stockholm, à New York, à Paris, à New York encore, à Nîmes et à Paris enfin. Un périple qui lui a permis de poursuivre sa recherche sur la mutualité des influences entre le réel et l’humain. Attachement au monde, disait-on ! KM a tant étudié qu’elle est devenue professeur pour transmettre ce qui lui semblait important. Mais, lasse d’accumuler les questions, l’observation et l’analyse, KM s’est finalement jetée dans le bain de la création, véhicule suffisamment stable à ses yeux pour trouver un équilibre. Voilà ! Création, le mot est lâché ! Et si, finalement, KM avait trouvé là une traduction lisible du réel, une interprétation personnelle à partager ? Avec la photographie, prolongement de son cerveau et de son œil, KM donne du sens à ce qui l’entoure et l’habite.

Pour son premier opus, elle s’intéresse aux regards des anonymes rencontrés dans des lieux de culture. L’image de l’être humain regardant une image. Fait socio culturel. Histoire d’une communauté de regards variés et aux intérêts divers. Origine, signification d’une sociologie de l’œil ou comment « montrer la prégnance du monde de la représentation pour l'être humain ». Pour son second opus, avec l’eau, et la mer en particulier, elle trouve la matière pour façonner l’instable et invente enfin son réel, un monde dans lequel visible et invisible se confondent et s’affrontent, où l’abstraction du temps prend corps.

L’eau, c’est la toile du maître, la page blanche ou la glaise, la pierre ou le bois. L’eau c’est la matière à structurer, la couleur à étaler, le motif à saisir. L’eau, c’est la partenaire idéale puisque « avec elle, les mystères, les énigmes peuvent s'incarner, et se réincarner, toujours contraints à une évolution malgré leur fixité apparente. Forme, moins-forme, et presque non-forme reflètent les pensées, les pensée floues, l’impensé ou l’impensable. » Il s’agit bien ici de « partir de la réalité, jouer avec elle, plonger en elle pour créer ses propres représentations ». Nous ne sommes plus très éloignés de certaines métaphores psychanalytiques. La mer, support idéal de l’investigation, allégorie de la liberté, permanence fragile. À la fois, tout et partie. De ses fonds immuables et de sa surface capricieuse émerge profusion de symboles. « Dans mes photos, j'ai souhaité des rythmes, des temps qui filent, ou qui s'arrêtent. Une pause juste avant, avant quoi ? Un flux, un reflux, un crescendo ou une déflagration, une progression ou un retour, un temps linéaire où mille petits temps plus circulaires qui s'ébrouent, ou encore, à l'opposé, un temps plus philosophique et circulaire, comme le Tao, qui s'assouplit et autorise un prolongement dans la durée. Partout les formes tremblent ou s'étirent. Les creux comme les sommets récupèrent une profondeur, ou au contraire se laissent aplatir. Parfois une rigidité se liquéfie, un vert incongru s'invente, sève, émergence d'une terre mer rouge foncée. Dans cette eau, les noirs provoquent une attraction irrésistible. Et les blancs surprennent par leur bouillonnement et leurs transparences aux formes volcaniques. »

Vous l’aurez compris, les couleurs sont ici plurielles. La palette infinie. Le choc éclatant. On peut y voir du Fautrier, ou du Zao Wou-Ki, l’inspiration de Rilke ou les ivresses de Rimbaud. Peu importe, finalement, puisque ce sont des « images auxquelles nous rajoutons nos couleurs, nos imaginaires, nos fantasmes, bref, auxquelles nous nous collons et desquelles nous nous séparons. Approche et prise de distance, regard qui change, transformé par un nouvel écart, vu sous un autre angle. Chaque image vit sa vie en nous, son sens, son absence de sens, son sens évident, sa métaphore colorée, effervescente ou plate. »

La boucle est bouclée. KM cherchait une solution, l’artiste en elle a trouvé une poésie personnelle qui résonne en chacun de nous.

KM est une artiste photographe américaine vivant en France.

Jean-Pierre Delest