expositions

MATIÈRE & ESPACE, exposition du 24 mars au 6 avril 2016

ANNE GAISS et SERGIO SCHMIDT-IGLESIAS

 

ANNE GAISS  / Magicien, le cercle est considéré comme un moyen efficace de se protéger contre les mauvais esprits ? Est-ce pour cette raison qu’Anne Gaiss se veut alchimiste ? C’est ainsi qu’elle convoque, pour ce voyage ensorceleur, la matière et la forme à travers l’oxydation du métal, les fragments de cristaux et le cercle, ce vieux camarade de jeu, cette étrange figure symbolique, laquelle, contrairement aux polygones qui comportent des sommets facilement repérables, ne semble posséder ni début ni fin. C’est même cette particularité si chère aux philosophes grecs qui confère au mouvement circulaire un caractère d'infini et de permanence qui s'accorde parfaitement avec le déplacement des astres et l'idée d'un mouvement uniforme. Cette trajectoire, nos amis Grecs avaient compris qu'elle ne pouvait pas être observée chez les corps terrestres.
Le soleil fournissait ainsi, aux observateurs de l'Antiquité, une double image du cercle : sa forme propre et celle de sa course dans le ciel. Nous y sommes ! L’espace s’est ouvert à nous et le cercle nous donne la clef des phénomènes cosmogoniques ! « Après une année passée au sein de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI les ateliers) dit Anne Gaiss, j’ai voulu explorer la matière du métal à travers la forme, l’oxydation et la gravure sur lesquels viennent se greffer, habiter, résonner des cristaux aux couleurs chatoyantes. » C’est ainsi, dans le creuset d’Anne Gaiss, que se pose la question de l’origine, l’origine de l’homme, du monde, des mondes. Poussière d’étoiles, sommes-nous des spectateurs de ses étrangetés lointaines ou des acteurs dont cette série de cercles montre les détails pluriels d’un monde à facettes ? « Je souhaitais qu’entre métal et minéral le regard se perde sur le relief, oscille entre les éclats des cristaux, le reflet du métal, s’enfouisse dans la rouille et les pigments pour rebondir à chaque gravure. On croit discerner une forme, une silhouette fantomatique au détour d’une crête, la tête d’un animal tel une fresque pariétale préhistorique. L’homme est ici en filigrane, comme l’âme invisible de ces planètes oniriques. Est-il responsable de ce bouleversement que l’on voit sur la surface ? Quel rôle joue-t-il dans les couleurs, les altérations de la matière ? Où est-il ? Est-ce la distance qui nous le rend invisible ? » Vues aériennes ou plans rapprochés ? Finalement, peut-être que ces outre-mondes qui s’exposent ici sont le simple reflet intérieur d’une image perdue, l’écho égaré de nos vies antérieures (« J'ai longtemps habité sous de vastes portiques - Que les soleils marins teignaient de mille feux, - Et que leurs grands piliers, droits et majestueux, - Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques. » - Charles Baudelaire, extrait de La vie antérieure in Les fleurs du Mal) puisque, comme le dit Carl G. Jung, le cercle est aussi un symbole de l’âme et du Moi.    Jean-Pierre Delest (g. ct)

 

SERGIO SCHMIDT - IGLESIAS / (…) Sur papier, sur carton, sur bois, le stylo bille raye si bien la surface, l’entame, la meurtrit – joyeusement parfois – que le dessin se fait gravure. Les traits et les figures couvrent régulièrement la surface sans la cacher, finissant par constituer une sorte de fond graphique qui grésille avec, ça et là, un blanc dans ce bourdonnement : des taches noires dans l’image. Les dessins sont pleins. Les compartiments, serrés et de tailles irrégulières, sont en continuité sans être pour autant clairement délimités. Si l’on s’attarde ou si l’on ralentit, on y voit des hachures, des motifs en spirale, en triangle, en rond, en carré, des yeux, des plantes, des poissons, des oiseaux, des personnages, des chiffres, des lettres, des chemins... Lignes d’intensité plutôt régulière. Parfois aussi, à l’arrière- plan, un semblant de couleur, discrète comme un souvenir ou une promesse de peinture : papier coloré et collé qui constitue un fond délicat et retenu, pourtant plein de mémoire ou d’espoir. D’autre fois, c’est le Bic qui suscite la couleur, porteuse de nouveaux rythmes. On pourrait penser à Dubuffet : comme lui, du stylo bille noir, bleu, rouge ou vert, une main qui se débrouille seule, un dessin qui envahit la feuille progressivement et jusqu’à la couvrir toute. On pourrait penser à Vieira da Silva, à Paul Klee ou à Alechinsky : comme lui des écritures, des glyphes, des textes. On pourrait penser au Torres Garcia rentré à Montevideo et plongé dans les « arts les plus anciens ». Comme chez lui, on ne sait si les motifs tantôt abstraits, tantôt reconnaissables, sont des signes conventionnels - symboles ancestraux - ou au contraire des allusions à des événements personnels (*). Tous ces signes fourmillent, créant bien du désordre dans l’ordre de la page. Les lignes claires et identifiables côtoient des griffonnages. Le langage est à la fois moderne et très ancien, scriptural et iconique, abstrait et figuratif. Une force de ces images est de faire fusionner ces contraires sans pour autant les annuler. Puis il y a les cadres peints qui, associés aux dessins, tendent à faire objet. La continuité entre le Sergio, jeune graveur tout juste sorti des Beaux-Arts de Montevideo, tout juste arrivé à Paris, et le dessinateur passionné d’aujourd’hui est une évidence formelle et existentielle. Un Sergio qui continue, avec la même cohérence, à ouvrir des portes, expérimenter, prendre plaisir, regarder, inventer de la forme, de la couleur, graviter autour de son propre regard. Un regard plein d’images et de cultures – latine, indienne, européenne, américaine – un regard plein du siècle juste écoulé, un regard qui fait une œuvre. Le Sergio que l’on trouve tout entier dans ses innombrables carnets, séduisants et secrets.   Claire Fagnart, (maître de conférence, département Arts plastiques)

 

(*) Je me réfère ici à un extrait du catalogue Collection art moderne - La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007 ; accessible sur :  https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cEpBaL/r88gqdo#undefined

 

Les couleurs affranchies : En janvier-février de l’année dernière et dans la même galerie Sergio Schmidt-Iglésias avait contribué à une exposition « Arbre, et cætera » où il montrait six toiles. Les arbres et leurs racines, comme leur tronc étaient d’un noir profond ; la couleur n’était présente que sur le fond de la toile : elle était un horizon, une sorte de promesse. Mais d’abord devait avoir lieu l’obscur travail tellurique des racines et des troncs extrayant péniblement, douloureusement, du sol les pigments qui n’apparaissaient pas encore. Les couleurs sont un secret chtonien, enfoui dans les profondeurs minérales – il leur faut un temps spécial de métamorphose, de transmutation mystérieuse pour ressurgir soudainement dans les tableaux d’aujourd’hui tout à la fois comme feuillage exubérant, puis matériaux plus tangibles, blocs, éléments de compacité. Les « arbres », métaphores de la croissance organique et de sa dynamique naturelle, révèlent désormais les couleurs à leur vraie vie affranchie où maintenant leurs fonctions prennent le pas sur leur substance : elles étaient pigments, elles sont éléments de subtiles relations où leurs valeurs réciproques se confortent, composent, s’harmonisent ou se heurtent – et produisent alors, à leur tour, à travers leurs collisions avec nos souvenirs des éléments de monde : tel orange contrastant avec un bleu sombre recrée un pan de nuit urbaine ; tel mauve allié à quelques stries grises suggèrent une aube brouillée en lisière sablonneuse d’une mangrove. Dans les « kakemono », surtout, qu’il faudrait sans doute appeler tanzaku, ces petites cartes verticales utilisées pour écrire des poèmes, la promesse chromatique des « arbres » devient principe de lecture et s’ordonne effectivement en brefs poèmes, fruits très raffinés des lointaines transmutations subies par les sources minérales des pigments. L’exubérance chromatique bruisse, tel un nouveau feuillage, en prolongeant le travail premier effectué par les arbres et leurs racines ; car ce qui occupe l’espace du tableau, ce n’est plus un fond coloré contrastant avec les traits massifs et obscurs des troncs et des racines, mais les différentes déclinaisons des feuillages, c’est-à-dire des fruits de l’univers coloré proposant ses constructions, ses alliances, ses compositions. Le plaisir est celui très subtil de la poésie chromatique où ne domine, c’est remarquable, aucun secteur particulier de la palette : rouges, bleus et verts sont tout aussi présents que les mauves, quelques jaunes, peu de bruns et de furtifs oranges. Ces « villes » chromatiques se sont bâties, effaçant peu à peu la présence des arbres ; néanmoins, les kakemono ouvrent sur de nouveaux horizons, non plus urbains ou architectoniques, mais plus spiritualisés peut-être. Le travail à venir du peintre l’infirmera ou proposera une autre forme de l’inattendu.    Marc de Launay, (philosophe, chercheur en philosophie au CNRS)

 

Les cartes de Sergio :  Comme s’ils étaient les miroirs précieux de l'état physique et mental de l'artiste, trois tableaux nous invitent à les regarder de plus près, à y pénétrer. Ils rappellent l'Art Brut ou l’Outsider Art, dont les auteurs donnaient libre cours à l'irrationnel, à la vision, au chamanisme et au medium. Au premier coup d’œil, j'aurais juré voir une carte de l’esprit, le chemin tortueux que l'âme parcourt, se cherchant, s'approfondissant, partant au hasard dans quelque recoin pour enfin trouver son fil d'Ariane, son propre guide. À la seconde lecture, je vois une cité sacrée vue du ciel et je n’ai de cesse de penser à la sacralisation des espaces rituel, et, finalement, à la Terre Mère sacrée qui nous accueille. On devine le geste passionné et quasiment automatique, dirigé de l'intérieur, des entrailles, composant des lignes, des carrés, des labyrinthes, des villes entières. Chaque organe est allé au plus profond de lui-même et a laissé sa marque sur le bois. Chaque atome est venu à la rescousse pour que Sergio délivre sa « Citadelle sacrée », pour que nous puissions entrevoir les chemins parcourus, uniques, difficiles, incompréhensibles, parfois obscurs et parfois également ordonnés et lumineux. Je les appellerais « La série des Cités de l’âme » ou « Trois cartes spirituelles ». Une part de nous sait bien que si nous entrons dans ces cités, nous parcourons les chemins et nous nous reconnaissons comme humain.   Mabel Franzone, (spécialiste de l’imaginaire dans la littérature Sud-américaine)

 

galerie caroline tresca
14, rue Servandoni - 75006 PARIS
du mardi au samedi, de 14H00 à 19H00

T   +33 (0)1 43 26 80 36

M  +33 (0)6 17 19 73 57

contact@galerie-caroline-tresca.fr

 

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