expositions

EXPOSITION du 16 septembre au 6 octobre,

Katia MOHL et de Marie-Laure VIEBEL ou comment façonner l'instable et rendre à la nature la force de ses symboles. Deux démarches radicales pour ces deux artistes au parcours atypique.

 

 

KATIA MOHL

Katia Mohl cherche une solution ou peut-être est-ce une issue pour témoigner de son attachement au monde. Quoiqu’il en soit, cette quête prend son temps comme une germination lente.

Et comme la recherche suppose l’étude si elle ne la réclame, KM a étudié. Beaucoup, dans les livres, en premier lieu. Toutes sortes de choses. La littérature dans toutes les langues et l’histoire des religions. Passionnant ! Les sciences humaines, surtout, et leurs déclinaisons savantes (sociologie, psychologie, épistémologie, philosophie, etc.). Influences multiples et matières traitées en transversale pour mieux quadriller le sujet et l’objet de l’étude. Pour laisser le moins de place possible au hasard et à l’incertitude puisqu’il fallait trouver une traduction fluide du réel, de son impact et de ses empreintes laissées sur l’âme humaine. Stigmate, signature ou symbiose ?

Née au Congo Belge, KM a beaucoup voyagé, s’est posée parfois. À Stockholm, à New York, à Paris, à New York encore, à Nîmes et à Paris enfin. Un périple qui lui a permis de poursuivre sa recherche sur la mutualité des influences entre le réel et l’humain. Attachement au monde, disait-on !

KM a tant étudié qu’elle est devenue professeur pour transmettre ce qui lui semblait important. Mais, lasse d’accumuler les questions, l’observation et l’analyse, KM s’est finalement jetée dans le bain de la création, véhicule suffisamment stable à ses yeux pour trouver un équilibre. Voilà ! Création, le mot est lâché ! Et si, finalement, KM avait trouvé là une traduction lisible du réel, une interprétation personnelle à partager ? Avec la photographie, prolongement de son cerveau et de son œil, KM donne du sens à ce qui l’entoure et l’habite.

Pour son premier opus, elle s’intéresse aux regards des anonymes rencontrés dans des lieux de culture. L’image de l’être humain regardant une image. Fait socio culturel. Histoire d’une communauté de regards variés et aux intérêts divers. Origine, signification d’une sociologie de l’œil ou comment « montrer la prégnance du monde de la représentation pour l'être humain ».

Pour son second opus, avec l’eau, et la mer en particulier, elle trouve la matière pour façonner l’instable et invente enfin son réel, un monde dans lequel visible et invisible se confondent et s’affrontent, où l’abstraction du temps prend corps. L’eau, c’est la toile du maître, la page blanche ou la glaise, la pierre ou le bois. L’eau c’est la matière à structurer, la couleur à étaler, le motif à saisir. L’eau, c’est la partenaire idéale puisque « avec elle, les mystères, les énigmes peuvent s'incarner, et se réincarner, toujours contraints à une évolution malgré leur fixité apparente. Forme, moins-forme, et presque non-forme reflètent les pensées, les pensée floues, l’impensé ou l’impensable. » Il s’agit bien ici de « partir de la réalité, jouer avec elle, plonger en elle pour créer ses propres représentations ». Nous ne sommes plus très éloignés de certaines métaphores psychanalytiques.

La mer, support idéal de l’investigation, allégorie de la liberté, permanence fragile. À la fois, tout et partie. De ses fonds immuables et de sa surface capricieuse émerge profusion de symboles. « Dans mes photos, j'ai souhaité des rythmes, des temps qui filent, ou qui s'arrêtent. Une pause juste avant, avant quoi ? Un flux, un reflux, un crescendo ou une déflagration, une progression ou un retour, un temps linéaire où mille petits temps plus circulaires qui s'ébrouent, ou encore, à l'opposé, un temps plus philosophique et circulaire, comme le Tao, qui s'assouplit et autorise un prolongement dans la durée. Partout les formes tremblent ou s'étirent. Les creux comme les sommets récupèrent une profondeur, ou au contraire se laissent aplatir. Parfois une rigidité se liquéfie, un vert incongru s'invente, sève, émergence d'une terre mer rouge foncée. Dans cette eau, les noirs provoquent une attraction irrésistible. Et les blancs surprennent par leur bouillonnement et leurs transparences aux formes volcaniques. »

Vous l’aurez compris, les couleurs sont ici plurielles. La palette infinie. Le choc éclatant. On peut y voir du Fautrier, ou du Zao Wou-Ki, l’inspiration de Rilke ou les ivresses de Rimbaud. Peu importe, finalement, puisque ce sont des « images auxquelles nous rajoutons nos couleurs, nos imaginaires, nos fantasmes, bref, auxquelles nous nous collons et desquelles nous nous séparons. Approche et prise de distance, regard qui change, transformé par un nouvel écart, vu sous un autre angle. Chaque image vit sa vie en nous, son sens, son absence de sens, son sens évident, sa métaphore colorée, effervescente ou plate. »

La boucle est bouclée. KM cherchait une solution, l’artiste en elle a trouvé une poésie personnelle qui résonne en chacun de nous.

KM est une artiste photographe américaine vivant en France.

Jean-Pierre Delest

 

MARIE-LAURE VIEBEL

Du COCO de Mer à la « GRAINE DE VIE »…

En s’appropriant la plus grosse graine du monde, le coco de mer, Marie Laure VIEBEL tisse un imaginaire qui parle de symboles, de voyages, de rencontres. Un dialogue inattendu entre l’homme et la nature.

Lorsque les premiers navigateurs occidentaux voguent sur l’Océan Indien, ils découvrent d’énormes graines doubles flottants sur la mer. De telles noix avaient déjà été ramassées sur les côtes Indiennes, du Sri Lanka, d’Indonésie, d’Afrique du Sud, mais surtout des Maldives. S’agissait-il de fruits venus d’arbres géants poussant au fond de l’océan, comme le racontait la légende ?  Curieusement, ces graines aux deux parties bombées rappellent le triangle pubien comme les fessiers féminins et l’entrejambe masculin : c’est le fameux « coco de mer », « coco fesse » pour certains, « coco de Salomon » pour d’autres ou « coco des Maldives ». En 1572, le poète national portugais Camoes consacre un vers de ses célèbres « Lusiades » au « coco de mer », tandis que son compatriote, le navigateur Magellan, rapporte dans son journal en avoir aperçu. L’origine de la noix reste encore un secret. C’est en prenant possession de l’archipel des Seychelles en 1768, qu’une expédition française identifie enfin leur patrie exclusive. L’île de Praslin y abrite la plus grande réserve de ces palmiers à « coco de mer », la fameuse « Forêt de Mai ». Vestige des temps préhistoriques, berceau de l’humanité, ce trésor végétal, d’à peine 20 hectares, a été classé au patrimoine historique par l’Unesco en 1983. Certains arbres, pouvant atteindre jusqu’à 30m de haut, auraient près de 1000 ans. Rare et chargé de mystère, le « coco de mer » devient objet de collection, alimentant les « cabinets de curiosité » de toute l’Europe, dès le XVIe siècle. Il voyage jusqu’en Asie porté, par les courants marins. Associé au divin, on lui attribue un rôle sacré : dans l’Indouisme, il se transforme en boîte précieuse ou en « bol d’aumône » des « moines mendiants » comme dans le Soufisme (dérivé mystique de l’islam) sous le nom de « keshkul ». Par sa symbolique de fécondité, de fertilité, le coco transformé en récipient confère un pouvoir magique à tout ce qu’il contient. La chair de cette noix posséderait des vertus médicinales contre de nombreuses maladies ou infections, mais surtout on lui attribue d’extraordinaires vertus aphrodisiaques …

Il y a quelques années, Marie laure VIEBEL tombe à son tour sous le charme de ses formes sensuelles qui vont l’inspirer. Prodige de la nature, cette graine est double à plusieurs titres. Constituée de deux lobes (comme pour le cerveau ou les poumons), elle associe l’humain et le végétal, le féminin et le masculin, rappelant également le yin-yang chinois, la nuit s’opposant au jour, le froid au chaud, la mort à la vie.

En 1881, le général britannique Charles Gordon incita les Britanniques à préserver la forêt menacée de disparition : il osa la comparaison de cette forêt cathédrale avec le « jardin d’Eden », le paradis d’Adam et Eve. Le palmier devient « l’arbre de la connaissance », et « le fruit de la tentation » n’est plus la pomme, mais le coco de mer ! M.L. Viebel s’est inspirée de cette histoire et a créé la « graine serpent », graine de la tentation. Une bouche sur une graine de vie ? Clin d’oeil à l’écrivain et encyclopédiste français Denis Diderot qui écrit en 1748 « Les bijoux indiscrets ». Dans ce conte, un sultan africain a recours à un anneau d’argent aux vertus bien particulières: lorsqu’il le frotte, le sexe des femmes se met à parler. La bouche parle, mais la bouche entend…

Dans sa version en bronze, M.L. Viebel entrouvre les lèvres qui deviennent boite à messages, s’inspirant des boîtes bouches italiennes : la « bouche de la vérité » à Rome, (qui révèle si une femme ment lorsque celle-ci glisse sa main dans la boîte) ; et la « bouche de la délation » au Palais des Doges à Venise (l’objet accueille les dénonciations anonymes au bénéfice de l’Etat). Ces deux bouches sont des bouches d’homme. La « Graine bouche » de M.L. Viebel est féminine, qui en fait une « boîte à pardon ». Tout un symbole…

Son défi : jeter de la lumière sur ces graines au bois terne et mat en les dorant. Façonnées dans un premier temps, elle les transforme, en arrondit les courbes, puis, façonne de nouvelles matières, rugueuses ou lisses, verre ou métal (verre de Murano, bronze poli ou non). Elle y grave des écailles de serpent, des plumes d’oiseaux, des nuages, des poils de chat ; invente des arabesques, des tourbillons, des labyrinthes, racontant des histoires, réinventant, rebaptisant ainsi chaque graine. Dès lors, chacune revêt une dimension artistique pour devenir une création unique.

L’or, métal parfait, « chair des Dieux », « larmes du soleil », symbole d’immortalité. En couvrant de feuilles d’or le « coco de mer », M.L. Viebel l’illumine et lui confère une dimension sacrée, à l’image des icônes orthodoxes, des sarcophages égyptiens, des bouddhas. Le « coco de mer » devient « graine de vie ».

Cette lumière repousse et transcende les frontières, celles de l’art et de la nature et rend la graine universelle.

galerie caroline tresca
14, rue Servandoni - 75006 PARIS
du mardi au samedi, de 14H00 à 19H00

T   +33 (0)1 43 26 80 36

M  +33 (0)6 17 19 73 57

contact@galerie-caroline-tresca.fr

 

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